Batteur, ingénieur du son et réalisateur. Emmanuel Féramus partage son temps entre le studio, la scène et la salle de formation. Plus de vingt ans de pratique l’ont conduit des régies de la Porte de Versailles aux Victoires de la musique, d’un château du Lot-et-Garonne aux studios de Brasília, de Lomé ou de Casablanca — et à une conviction simple : le métier ne vaut que s’il se transmet.
Apprendre
Tout commence par un BTS Audiovisuel option Son au lycée Jean-Rostand de Roubaix, puis par Paris. Un stage au studio Ferber le met très tôt au contact de sessions d’enregistrement, de mixage et de mastering menées par des équipes qui n’ont plus rien à prouver. Il sait ce que cette porte ouverte lui a épargné : on y apprend en quelques semaines ce que des années de tâtonnement ne donnent pas.
Suivent quatre années de terrain chez GL events — préparation, installation et exploitation du matériel pour les salons de la Porte de Versailles, le Théâtre du Rond-Point, Lille 2004, des festivals et des conférences. En parallèle, il tient la façade et les retours du Morning de Cauet sur Fun Radio. C’est là qu’il apprend le métier par le bas : les caisses, les câbles, les horaires, et la responsabilité d’un son qui doit sortir tous les jours, sans excuse.
La scène
En 2006, Renan Luce lui confie la batterie de sa tournée. Ce seront plus de 400 concerts et 220 000 spectateurs à travers la francophonie, et la Victoire de la musique 2008 de la révélation scène de l’année. Quatre années de route qui forment l’oreille autrement que le studio : le tempo d’une salle, la fatigue, la nécessité de jouer juste le soir où l’on n’en a pas envie.
De cette période naissent ses propres projets — dont le groupe Ashcombe — et des rencontres décisives : Paul Godfrey (Morcheeba), Janko Nilovic, dont les disques ont été samplés par Jay-Z. Chacune a ouvert une porte qu’il n’aurait pas su forcer seul. De nombreux artistes de la scène française font alors appel à lui pour leurs sessions d’enregistrement à Paris.

Le studio
En 2011, il installe le Studio la Tour au château de Monteton, en Lot-et-Garonne : un studio indépendant en milieu rural, dédié à l’enregistrement, au mixage et au mastering, doublé d’un lieu de résidence pour les artistes. Le pari est simple et têtu — offrir à la campagne des conditions d’écoute qu’on ne trouve d’ordinaire qu’en ville. C’est aussi le point de départ de son activité de production phonographique en tant qu’entité indépendante.
De 2018 à 2024, il est ingénieur du son au Sphere Studio, sur SSL Duality et Pro Tools Ultimate, pour les labels LGSR et Zelabel : enregistrement, mixage, post-production et mastering. Il y consolide une expertise du son immersif et travaille en Dolby Atmos depuis 2022. Depuis 2025, il collabore avec Marco Poingt au studio MELO PROD.
Depuis 2021, il accompagne Koku Ameada et le projet L’Ombre du Baobab — un compagnonnage au long cours entre percussions ouest-africaines et production contemporaine. En parallèle, il continue de réaliser, mixer et jouer sur de nombreux projets.
Transmettre
Sa carrière de formateur débute au centre européen de formation du château de Monteton, où il anime des stages de musique et enseigne la musique assistée par ordinateur. La formation « 5 jours pour entreprendre » de la Chambre de commerce d’Agen lui donne ensuite les bases de gestion qui manquent à la plupart des techniciens devenus indépendants.
Les universités d’Angoulême et de Bordeaux lui confient l’enseignement des métiers de l’audiovisuel (IUT d’Angoulême, BTS Audiovisuel de Bordeaux, le CIAM). De 2021 à 2025, il forme au mixage et au pré-mastering à 3iS, à Bègles. En 2024 et 2025, il dirige le campus Art School d’Eanov School à Bordeaux : direction pédagogique, direction artistique, coordination et régie technique.
En 2018, il fonde Digimonde, organisme de formation professionnelle certifié Qualiopi en 2020. Digimonde conçoit et anime des formations en France — Monteton, Bordeaux, Agen — et sur dix-neuf destinations à l’international : Togo, Maroc, Brésil, Cuba, Japon, Argentine, Thaïlande, Irlande, Colombie, Tunisie, Corée, Côte d’Ivoire. Le parti pris pédagogique ne varie pas : apprendre une musique, c’est apprendre un lieu, une langue et un geste avant d’apprendre des notes. Les formations internationales se déroulent auprès des praticiens, chez eux, dans leur langue et à leur rythme ; celles menées en France se font en petit effectif, en studio, avec du temps de plateau. Les financements AFDAS, OPCO et France Travail les rendent accessibles aux intermittents, salariés, indépendants et demandeurs d’emploi.
Le territoire
Directeur technique et membre du comité de programmation des « Mercredis Cachés » à Allemans-du-Dropt, il programme et sonorise chaque saison variétés, jazz, chanson française et musiques du monde, accueille les artistes et suit les contrats. Une façon de rendre à un territoire rural ce que les grandes salles lui ont donné.
Il n’ignore pas ce que sa trajectoire doit à la chance : des parents qui ont soutenu un choix incertain, des studios qui ont ouvert leurs portes, des artistes qui ont fait confiance à un batteur de vingt-cinq ans. C’est précisément pour cela qu’il enseigne. Le savoir-faire du son ne s’hérite pas : il se donne.
