Emmanuel Féramus derrière sa batterie en studio, portrait en contre-jour noir et blanc

Photo ©lafannypaloma

À propos

Batteur, ingénieur du son et réalisateur. Je vis de musique depuis plus de vingt ans et je n’ai jamais su choisir entre jouer, enregistrer et transmettre : pour moi ce sont trois façons de faire le même métier. Ce qui me tient debout, ce sont les gens, les cultures qui ne se ressemblent pas, et ce moment précis où un morceau se met enfin à respirer.

D’où je viens

En 1974, deux couples d’amis, mes parents Jacqueline Babel et Patrick Féramus, avec Renata Zamparo et Yves Dijol, décident de relever une ruine inhabitée depuis deux siècles : le château de Monteton, en Lot-et-Garonne. Des années de travaux titanesques, à la main, sans autre plan que l’envie d’en faire un lieu vivant.

J’ai grandi là-dedans. Dans une famille utopiste, anarchiste, socialiste, d’une générosité sans fond et complètement folle. On y accueillait tout le monde, on y montait des projets impossibles, on y travaillait énormément et on y riait davantage encore. Je mesure le privilège que cela représente, et je sais tout ce que je leur dois.

Le château est devenu un centre européen : stages de développement personnel et de yoga, puis à partir des années 1980 des résidences d’artistes et de groupes, dont Noir Désir. Des stages pour les 13-17 ans avec l’association Vacances Musicales Sans Frontières. Du jazz, de la chorale, du tango, des musiques du monde, et la Dordogne International Jazz Summer School à partir des années 2000. Cinquante ans de travail collectif, porté par deux familles.

Apprendre

La musique d’abord, l’électronique ensuite. J’ai commencé la musique très jeune et la batterie est devenue mon premier instrument. Ma vraie formation musicale, je la dois aux stages et aux master classes de Jean-Jacques Milteau. Viennent ensuite un BEP Électronique à Foulayronnes, un baccalauréat STI Électronique à Bordeaux, puis le BTS Audiovisuel option Son à Roubaix : radio, cinéma, spectacle vivant, studio.

Les stages m’ouvrent les portes du métier : le studio Ferber à Paris, où j’assiste aux sessions d’équipes qui n’ont plus rien à prouver, et La Boîte à Son à Châtillon. Je sais ce que ces portes ouvertes m’ont épargné. On y apprend en quelques semaines ce que des années de tâtonnement ne donnent pas.

Je deviens intermittent du spectacle en 2003, opérateur son, et j’enchaîne les prestations pour GL Events, La Boîte à Son et Potar Hurlant : salons de la Porte de Versailles, Théâtre du Rond-Point, Lille 2004, festivals, conférences. C’est là que j’apprends le métier par le bas. Les caisses, les câbles, les horaires, et la responsabilité d’un son qui doit sortir tous les jours, sans excuse.

Emmanuel Féramus à la batterie dans une cabine de prise de son

Les premières routes

En 2004, je pars en tournée avec Orly Chap comme régisseur son, puis j’enchaîne les tournées de Spoke Orkestra, en première partie de Birdy Nam Nam et des Svinkels, jusqu’à l’Olympia. En 2005, je signe ma première réalisation d’album avec TRIMIX, produit et arrangé par mes amis Thomas Milteau et Thomas Coeuriot. Sur la même période, je tiens la façade et les retours du Morning de Cauet sur Fun Radio.

Emmanuel Féramus à la batterie en concert en plein air avec son groupe

La scène

Ma rencontre avec Renan Luce change d’échelle. De 2006 à 2011, je tiens la batterie sur deux tournées : « Repenti » en 2007 et 2008, 120 dates, puis « Le Clan des Miros » de 2009 à 2011, 200 dates. Deux tournées des Zéniths, cinq passages à l’Olympia, des dates au Québec, en Suisse et en Belgique, les Vieilles Charrues, le Paléo Festival, Solidays. Et la Victoire de la musique 2008 de la révélation scène de l’année.

Quatre années de route qui forment l’oreille autrement que le studio : le tempo d’une salle, la fatigue, la nécessité de jouer juste le soir où l’on n’en a pas envie. Sur la même période, j’enregistre à la batterie pour Salvatore Adamo (« Le Bal des gens bien », 2009), Jean Guidoni (« Chante Prévert », 2008), et pour la bande originale du film « Je l’aimais » avec Anna Chalon. J’accompagne aussi Jean Guidoni et Claire Lize sur scène, et Amel Bent au Concert pour la Tolérance. Le détail des scènes est sur la page Live.

Emmanuel Féramus aux commandes de la console SSL Duality, Sphere Studio
Sphere Studio, aux commandes de la console SSL Duality.

Le studio

En 2011, je rentre en Lot-et-Garonne et j’installe le Studio la Tour au château de Monteton : un studio indépendant en pleine campagne, dédié à l’enregistrement, au mixage et au mastering, doublé d’un lieu de résidence. Le pari est simple et têtu : offrir ici des conditions d’écoute qu’on ne trouve d’ordinaire qu’en ville. J’y monte aussi The Country Side Jam Session, une scène ouverte mensuelle devenue le rendez-vous des musiciens du secteur et le point de départ de plusieurs groupes.

Batterie installée et repiquée dans la salle de prise du Studio la Tour

Ma rencontre avec Paul Godfrey, de Morcheeba, donne naissance à une série de productions : le groupe Ashcombe, l’album Janko Nilovic, le single « L’amour dans les yeux ». En 2012, je rencontre la pianiste et chanteuse Paola Vera au stage Dordogne Jazz Summer School. Nous jouons et produisons ensemble depuis.

De 2018 à 2024, je suis ingénieur du son au Sphere Studio, sur SSL Duality et Pro Tools Ultimate, pour les labels LGSR et Zelabel : enregistrement, mixage, post-production, mastering. J’y consolide une expertise du son immersif et je travaille en Dolby Atmos depuis 2022. Depuis 2025, je collabore avec Marco Poingt au studio MELO PROD. Et depuis 2021, j’accompagne Koku Ameada et le projet L’Ombre du Baobab, un compagnonnage au long cours entre percussions ouest-africaines et production contemporaine.

Transmettre

Ma carrière de formateur commence au centre européen de formation du château, où j’anime des stages de musique et enseigne la musique assistée par ordinateur. La formation « 5 jours pour entreprendre » de la Chambre de commerce d’Agen me donne ensuite les bases de gestion qui manquent à la plupart des techniciens devenus indépendants.

Les universités d’Angoulême et de Bordeaux me confient l’enseignement des métiers de l’audiovisuel (IUT d’Angoulême, BTS Audiovisuel de Bordeaux, le CIAM). De 2021 à 2025, je forme au mixage et au pré-mastering à 3iS, à Bègles. En 2024 et 2025, je dirige le campus Art School d’Eanov School à Bordeaux : pédagogie, direction artistique, coordination, régie technique.

En 2018, je fonde Digimonde, organisme de formation professionnelle certifié Qualiopi en 2020. Nous concevons et animons des formations en France, à Monteton, Bordeaux et Agen, et sur dix-neuf destinations à l’international : Togo, Maroc, Brésil, Cuba, Japon, Argentine, Thaïlande, Irlande, Colombie, Tunisie, Corée, Côte d’Ivoire. Mon parti pris ne varie pas : apprendre une musique, c’est apprendre un lieu, une langue et un geste avant d’apprendre des notes. Nos formations internationales se déroulent auprès des praticiens, chez eux, dans leur langue et à leur rythme. Celles que nous menons en France se font en petit effectif, en studio, avec du temps de plateau. Les financements AFDAS, OPCO et France Travail les rendent accessibles aux intermittents, aux salariés, aux indépendants et aux demandeurs d’emploi.

Le territoire

Directeur technique et membre du comité de programmation des « Mercredis Cachés » à Allemans-du-Dropt, je programme et je sonorise chaque saison variétés, jazz, chanson française et musiques du monde, j’accueille les artistes et je suis les contrats. Une façon de rendre à un territoire rural ce que les grandes salles m’ont donné.

Je n’ignore pas ce que ma trajectoire doit à la chance. Des parents qui ont soutenu un choix incertain, un lieu construit par d’autres avant moi, des studios qui ont ouvert leurs portes, des artistes qui ont fait confiance à un batteur de vingt-cinq ans. J’ai hérité d’un savoir-faire profondément humain et solidaire, créatif et multidisciplinaire, et de l’idée qu’un lieu et des gens valent mieux qu’un plan de carrière. C’est exactement pour cela que j’enseigne. Le savoir-faire du son ne s’hérite pas tout seul : il se donne.

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